Québec, toi et moi, c’est fini.

Je pense que le début de la fin corrobore avec le Printemps Érable. J’ai réalisé dans ce mouvement de révolution que j’avais des attentes précises qui n’étaient tout simplement pas entendues. Dans ma tête, le Québec était un endroit où il avait toujours fait bon vivre, un endroit aux valeurs socialistes, un pays dans mon coeur où les gens mettent l’environnement, la culture et l’éducation en priorité…

Éloïse, 22 avril
Jour de la Planète, 22 avril 2012. Manifestation monstre à Montréal, environ 300 000 personnes étaient présentes selon le Devoir. Le Journal de Montréal parlait de 15 000…

Eh! Bien, non… Au contraire. Soudainement, Québec parlait d’un Plan Nord, de forages, de gaz de schistes, d’augmentation de frais de scolarité malgré la terrible gestion de l’argent déjà attribué, de privatisations des services publics. J’étais dans bien des manifestations pendant le printemps 2012 et j’ai vu la désinformation dans son plus laid. J’ai réalisé à quel point les médias manipulaient les citoyens et que ce n’était pas du tout à notre avantage.

Manifestation du 4 mai, Victoriaville
Manifestation du 4 mai, Victoriaville. S’est très mal finie à cause d’une poignée d’individus…

Puis, les choses ont continué de s’envenimer entre toi et moi, Québec… Parce qu’être une artiste chez nous, ce n’est pas chose facile. Travailler est de plus en plus dur. Je le vois depuis quelques années. Il y a de moins en moins d’auditions, et quand elles viennent, elles sont de moins en moins intéressantes, la paye est rarement bonne. Par contre, lorsque j’ouvre ma tv, je vois toujours les 20-30 mêmes visages. Ceux qui ont la chance de rouler en voiture de luxe, de se payer un duplex avec un terrain, un chalet dans les Laurentides et de vivre une vie aisée. Non, je ne considère pas que c’est mal de vouloir être riche, je considère que c’est mal de ne pas pouvoir même l’espérer. Je considère que c’est mal de tuer notre culture à petit feu en n’ayant aucune variété dans les rôles distribués, dans les auteurs qui écrivent nos séries, dans les réalisateurs qui les chapeautent. Ce sont TOUJOURS les mêmes qui travaillent parce que prendre des risques, ça coûte de l’argent, et on en a JAMAIS au Québec. On est né pour un petit pain.

Eloise et Ghislain Taschereau
Eloise et Ghislain Taschereau dans une manifestation du Printemps Érable. Août 2012

 

Après le Printemps Érable, l’autre élément qui m’a ouvert les yeux sur la déficience de notre relation, Québec, c’est que je me suis mise à voyager. J’ai vu d’autres pays où les gens étaient heureux, j’ai trouvé des endroits qui m’ont fait du bien, et revenir dans ma vie d’artiste au Québec me donnait toujours la nausée. C’est impossible de continuer de croire en ses possibilités quand il n’y a tout simplement pas d’opportunités de briller. J’ai essayé d’être vue en auditions par tous les moyens, j’ai même parfois fait un suivi moi-même avec les producteurs après avoir envoyé mon démo. On me disait: «Wow! T’es vraiment bonne… Mais on ne te verra pas en audition.» Moi: «Pourquoi? Votre équipe d’animateurs est complète?» Eux: «hmm….. Non…. Mais… Pas mal oui…..» Je savais bien que ma lettre d’alphabet de l’UDA (ou mon classement de popularité) n’était pas assez intéressante pour eux. J’ai aussi tenté de partir mes propres projets, je me suis fait dire que mes concepts étaient bons mais que ce serait bien si c’était une personnalité connue qui était devant la caméra. J’ai tenté de convaincre les diffuseurs, personne n’a voulu me rencontrer. On fait de la business comme des enfants. On choisit ceux qui vont travailler comme on formait les équipes de ballon-chasseur à la petite école… J’ai jamais été ben ben chanceuse avec cette technique-là.

La politique ne me passionne pas mais je m’y intéresse parce que je pense que c’est extrêmement important en tant que citoyen de savoir ce que nos dirigeants font. Et ce que les Libéraux font au Québec à l’instar du robot Harper avant pendant 11 ans, c’est l’assassinat de la culture québécoise. En être consciente et ne rien pouvoir faire, c’est très frustrant.

Eloise Boies CharlevoixAlors après plusieurs années de réflexion, j’ai décidé de te quitter, Québec. Ça a été difficile parce que malgré tout, je t’aime. Ou en fait, j’aime un mirage de toi. J’aimais avoir des soins de santé gratuits mais je paye une fois sur deux parce qu’avoir un rendez-vous au public prend une éternité. J’aimais l’idée de payer des taxes pour avoir des services en retour mais je conduis une journée à Montréal et je veux tuer la terre entière. Nos routes sont une honte nationale et on en rit, alors qu’il commence à être temps d’en pleurer. J’aimais l’idée de festivités dans ma ville pour le 375e mais pas que ça nous coûte un milliard de dollars. Un MILLIARD. 999 millions + 1. On en paye tu assez des taxes?Sacrez moi ça dans le bitume, pas dans des lumières de Noël.

Ah! Pis ça devient fatiguant être toujours fâchée. Je me trouve aigrie, et je suis trop jeune pour être désabusée de la vie! Trop jeune pour arrêter de croire en mes rêves. Québec, tu tues la fougue de ton peuple. C’est tellement triste.

Eloise Boies, Vancouver 2013

J’ai choisi Vancouver parce que je me suis toujours sentie bien ici. La première fois que j’ai mis les pieds dans cette ville, je me suis dit: un jour, je vivrai ici. Tout est axé sur l’environnement, la nature, et bien que la culture ne soit pas aussi riche ici, les opportunités d’emploi sont bien plus nombreuses à cause de la proximité avec Hollywood. Je sais que je devrai travailler fort pour décrocher des rôles (ce que j’ai toujours fait) mais je sais aussi que contrairement à Montréal, je ne travaillerai pas dans le vide. Mes efforts pourront se solder en résultats concrets. Enfin, j’ai envie d’y croire! Et ici, c’est beaucoup plus facile d’y croire. C’est cool de voir grand, c’est cool de s’entraider, d’aller prendre un café avec quelqu’un que tu ne connais pas pour parler de projets, c’est correct de dire que tu veux être big. Personne va te juger.

English Bay
English Bay, Vancouver, au printemps

 

Et y a tellement de québécois ici. J’ai mangé une super bonne poutine avant-hier en regardant la game… Chose que je ne fais jamais au Québec (le hockey, pas la poutine), mais c’est une bonne façon de rencontrer d’autre monde. J’ai parlé à plusieurs expats québécois et ce qui me frappe, c’est que ce sont tous des souverainistes. Des gens qui adorent leur Québec et qui souffrent de le voir évoluer si mal.

J’vas recommencer le monde, j’vas faire de quoi d’beau… (Dédé Fortin)

English Bay
English Bay, Vancouver

J’espère qu’un événement te remettra sur la bonne voie, Québec. Parce que même si je te laisse, tu seras toujours ma maison, mes racines et en quelque part, ma fierté…

 

 

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4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. mariefroue dit :

    J’aime bc !
    Le ventre me brasse!
    Bye! Ma Belle!
    Xxx

    Envoyé de mon iPhone

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  2. Jacques dit :

     » Des gens qui adorent leur Québec et qui souffrent de le voir évoluer si mal  ». Dixit: toi
    Je crois ressentir assez bien leur (ton) filling… » bientôt, j’atteindrai  » mon Vancouver  ».
    Certes que tu croiseras tes attentes…c’est le rendez-vous que je te souhaite !

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  3. Max dit :

    C’est bien de vouloir découvrir ce qui se fait ailleurs. Je me rappelle – mes 10-15 premières années de voyages, tout était si beau ailleurs. Toujours meilleur qu’ici.

    Et puis, avec les années, avec le recul, on comprend que peu d’endroits sur la planète nous offrent autant de possibilités de réussir et s’épanouir. On va bourlinguer un peu partout, convaincus de manquer quelque chose. Un genre de FOMO, mais existentiel…

    Puis, ça nous frappe. Une fois qu’on a pas mal fait le tour. Les enjeux sociaux qu’on croit importants, les acquis dont on ne s’est jamais rendus compte, tout ça te frappe tel un tsunami. Subit et violent.

    Je te souhaite un beau périple. Les gens comme toi sont très importants. Ils font avancer les choses dans notre société. Ton bagage sera des plus précieux à ton retour.

    Car oui, tu reviendras. 😉

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    1. Éloïse dit :

      L’avenir nous le dira! 😉

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