Un Matin Pas Comme Les Autres

Depuis le plus loin que je me souvienne, les volcans me fascinent. Au delà des mots. En janvier 2015, je suis allée au Costa Rica et cette passion un peu endormie s’est réveillée comme un volcan qui revient à la vie! Je planifie maintenant mes voyages autant que possible en fonction des volcans actifs, et la partie Java de notre périple en Asie était principalement pour assouvir ma soif de montagnes de feu.

Bromo dans les nuages
Bromo dans les nuages – photo Jérôme Hof

Alors inutile de vous dire mon immense déception lorsqu’on est arrivé à Java pour apprendre que le Mont Bromo était fermé au public depuis octobre pour cause d’éruption. Dans ma grande candeur, j’avais appris sur volcanodiscovery.com son état éruptif et l’avait accueilli comme une merveilleuse nouvelle! Ça ne m’avait même pas effleuré l’esprit qu’il pourrait m’être impossible de le voir…

J’ai donc passé beaucoup d’après-midis pluvieux à Yodjakarta à faire mes recherches sur les blogues, forums de discussions et guides voyage en plus de discuter avec les locaux à mon Bed&Breakfast (en effet, les Indonésiens, voyagent beaucoup dans leur propre pays) pour me faire une bonne idée de mes options.

On a décidé de quitter Yodja 3 jours avant la réouverture officielle de Bromo et de se rendre sur les lieux pour tâter le terrain. On est arrivé tard à Cemoro Lawang : le dernier village avant le volcan, après une journée complète de transport. C’est de là que partent toutes les excursions, en milieu de la nuit, direction Mont Pananjakan. Moi, les excursions et tours organisés, ça ne me dit absolument rien et j’avais trouvé ce blogue (http://www.carnetdescapades.com/2014/10/mont-bromo-volcan-java.html) expliquant merveilleusement bien comment partir à l’aventure à pied, par ses propres moyens et ainsi, se sauver tous les frais ridicules qu’ils chargent aux touristes qui veulent bien se faire organiser.

Théoriquement, le Bromo était encore fermé, mais j’avais bien compris qu’il m’était possible d’y accéder à pied, à mes risques et périls. Comme il a cessé sa phase éruptive au début du mois de février, je savais que je ne courrais aucun danger (et bien honnêtement, j’y serais sûrement allée quand même, mais ça, c’est une autre histoire!)

Paysans
Vers le Bromo – photo Jérome Hof

Ainsi, nous sommes partis avec nos lampes de poches frontales en plein milieu de la nuit, et avons débuté notre ascension vers le haut sommet du Pananjakan. Les étoiles étaient superbes, aucune pollution lumineuse ne diminuait leur intensité dans la nuit sombre. L’air était frais mais l’effort physique n’a pas tardé à me réchauffer et bien vite, j’étais en sueur. C’est un trek relativement facile parce que le chemin est en bon état mais c’est très à pic et ça fait travailler le cœur!

Ciel étoilé - Bromo
Superbe photo du ciel étoilé en haut du Pananjakan – Jérôme Hof

Nous sommes arrivés en haut et avons pris place pour attendre que le soleil nous offre son spectacle. Je devinais le Mont Bromo à ma gauche et le Mont Batok devant moi, avec ses stries typiques aux volcans. Puis tranquillement, j’ai aperçu l’océan de nuages qui recouvrait la vallée. Perçaient seulement les plus hauts pics. Le Semeru s’est révélé, au loin avec ses explosions répétitives. Il a éternué des nuages de cendre plusieurs fois pendant notre contemplation. Le ciel est passé du bleu sombre au bleu plus clair, le soleil a mis le feu aux nuages de l’est et un des plus beaux paysages que j’ai vu de ma vie s’est dessiné devant mes yeux. Tout simplement magique.

Et cette journée n’avait pas fini de nous faire vivre des instants forts!

Lors de notre descente du Pananjakan, un Javanais nous a gentiment indiqué un chemin coupant à travers champs (qui sont en pente de 45 degrés dans les montagnes!) pour se diriger vers le Mont Bromo. Nous nous y sommes aventurés pour débuter une expédition hors de ce monde. La brume matinale recouvrait les toiles d’araignes d’infimes gouttelettes, les nuages se dissipaient peu à peu en volute de vapeur, et arrivés au pied de la montagne, nous avons traversé un désert de cendre boueuse en marchant vers le cratère fumant.

Javanais et sa moto
Le gentil javanais nous ayant montré le chemin emprunté par les locaux pour aller au Bromo

Ayant été en éruption pendant plusieurs mois et ce, tout récemment, nous marchions à travers des débris volcaniques (ou éjectas), soit des projectiles incandescents crachés par le volcan, maintenant refroidis. Ces boules de lave se transforment en roches noires extrêmement poreuses et tranchantes. Je me suis dit qu’avoir marché ici un mois plus tôt, j’y aurais risqué ma vie. J’avais donc beaucoup de chance que le volcan se soit calmé un peu!

Une autre chance inouïe que nous avons eue, c’est que le parc soit officiellement fermé, ce qui empêchait les centaines de jeeps de touristes d’affluer sur le site. Il n’y avait que quelques scooters au pied du Bromo et nous avons fait notre courte ascension pratiquement seuls.

C’est arrivé au pied des ultimes marches menant au cratère qu’on s’est fait barrer l’accès par 5 javanais désagréables et imbus d’eux mêmes qui n’avaient que faire de mes supplications. On a bien vite compris qu’ils ne changeraient pas d’idées même si leurs raisons ne faisaient aucun sens.

Eh! Bien! Pour ceux qui ne me connaissent pas, sachez que ce n’est CERTAINEMENT pas rendue à quelques mètres d’un cratère fumant que je vais rebrousser chemin à cause de 5 imbéciles qui se sont appropriés le Bromo pour y faire des offrandes sans touristes aux alentours (ce qu’on a découvert plus tard). J’ai pas attendu 4 ans et parcouru le globe pour me faire dire que mon parcours s’arrête là!

Je me suis dirigée d’un pas décidé vers le versant à droite des marches et j’ai débuté mon ascension finale, à 4 pattes, dans la cendre et le sable volcanique, friable et très instable. Il y avait des crevasses et stries qui me donnaient un peu plus d’appuis mais rendue à mi-chemin, je me suis aperçu du danger et de l’impossibilité de la chose. Je me sentais un peu mal aussi d’embarquer Jérôme dans ma folie des volcans… C’est très à pic, un volcan!

Je me suis aussi inquiétée des conséquences que mon affront pouvait avoir. On ne sait jamais à quoi s’attendre quand on est dans un pays étranger. Jérôme s’est mis à faire des recherches sur son téléphone pour connaître nos droits si besoin était de les clamer et moi, je contemplais le haut de la montagne en essayant de tracer avec mes yeux un parcours réalisable. Puis, dans un accès de folie, j’ai décidé de continuer ma montée. L’effort était considérable, surtout après les 3-4h de trek et avec le ventre creux. Je mettais un pied devant l’autre, en calculant mes options, mes appuis potentiels et je me suis rendue compte que mes lointaines notions d’escalade m’étaient finalement utiles. J’ai rejoins les marches mais dans un ultime affront, j’ai décidé de continuer dans le sable les derniers mètres puis je suis enfin arrivée sur le bord du cratère.

Cratère Bromo
Le cratère fumant du Bromo et Éloïse au comble du bonheur – Photo Jérôme Hof

Je ne vous cacherai pas que les larmes ont coulé, d’épuisement, de soulagement, de joie… Je me suis accotée sur la rambarde, accroupie et à bout de souffle et j’ai contemplé les entrailles bouillonnantes et fumantes de Bromo.

Seule. En haut d’un des volcans les plus visités du monde.

 

Arête du cratère Bromo
Éloïse en contemplation du cratère Bromo – Photo Jérôme Hof

Les malheureux pieux sont montés – par les marches – pour aller vers un petit hôtel, y faire brûler de l’encens. C’est un peu plus tard que nous avons compris l’escroquerie. Ce n’était pas des officiels du parc et ils n’avaient aucun droit de nous bloquer l’accès. J’ai de la difficulté à comprendre que des gens si religieux et dévoués à un culte puissent être aussi insensibles et dénués d’empathie. Quelle contradiction!

Les offrandes...
Les offrandes – plus importantes que de laisser une fille réaliser son rêve…!

Mais peu importe, ils ne m’ont pas arrêtée, et je suis fière de m’être dépassée de la sorte. Ça n’a qu’ajouté à l’intensité du moment sur le bord du cratère.

Finalement, après quelques minutes, Jérôme m’a rejointe et nous avons savouré ces moments magiques de contemplation de la beauté de la Terre. C’est tellement merveilleux, un volcan! La puissance brute de notre planète; un infime aperçu de ce qui se passe sous sa croûte… Les grands panaches de vapeur sulfurique s’envolaient dans un grondement sourd, comme des gargouillis. Jamais je n’oublierai ces instants de pur bonheur.

Comprenant le chemin du retour, nous avons fait un trek de 7 heures! Nous avons dormi toute l’après-midi!

Jérôme a pris de superbes photos de notre journée – rincez vous l’oeil!

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4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Marie-Pier dit :

    Je ne t’ai jamais vu aussi rayonnante que sur le bord de ce cratère! Tu es magnifique Éloïse et ta joie est tangible. Quel moment de grâce … je suis émue juste à te regarder. Je t’aime et te souhaite une belle continuité de voyage xxx

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Marie! 😀 Je t’aime aussi xxx

      Aimé par 1 personne

  2. Extraordinaire! Quand on veut, on peut surtout quand il y a du caractère là dessous. Bonne continuité
    ,

    Aimé par 1 personne

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