Retraite de Méditation: Jour 4

Ce qui est bien avec le rythme de la retraite cette semaine, c’est qu’il y a une bonne alternance entre les séances de théorie, de méditation puis les pauses. Mon mental ressemble de moins en moins à une bête sauvage dans un champ quand je médite. Je réussis à baisser le volume général du bruit qui règne dans ma tête, et c’est si apaisant! Je respire et c’est ma seule occupation dans ce moment précis.

Puis Lama nous indique que c’est l’heure de s’arrêter.

La pause d’après-midi est la bienvenue parce qu’il fait chaud et rester en dedans par un temps pareil – en plus d’être suffocant – me paraît cruel quand on sait à quel point nos étés sont courts au Québec! Je sors sur le balcon, pour profiter de cette merveilleuse journée et m’assois près de Lama et d’Antoine, le seul autre jeune du groupe. Par ce simple fait, je me sens plus proche de lui.

Peut-être parce que je ne suis pas bouddhiste mais il m’apparaît plus facile que les autres de ne pas mettre Lama sur un piédestal. Certains le considèrent comme leur maître; à mon humble avis, ça crée automatiquement un rapport de supérieur/inférieur. Lama, lui, considère que nous sommes tous des humains égaux, avec la même quête de bonheur.

Je lui demande comment c’est pour lui d’avoir quitté le Tibet, à pied, clandestinement et d’être maintenant témoin de ce que son pays vit, de l’extérieur. Toujours avec son regard rieur, il commence à nous raconter l’histoire d’un ami à lui…

 

Sangpo était un policier au Tibet. Le Tibet sous le joug de la Chine. Cette journée-là, Sangpo revenait du travail et avait été chercher sa femme et son fils pour faire une visite surprise à un ami. Une voiture arrivant dans le sens inverse les percuta de plein fouet. Un accident grave. Sangpo était en sang, sa femme inconsciente à côté de lui et son fils aussi, sur la banquette arrière. Il réussit à remettre son moteur en marche et se rendit à l’hôpital le plus proche.

– Aidez-moi, ma femme et mon fils se meurent!

Le Chinois à la réception vit qu’il s’agissait d’un tibétain et lui demanda s’il avait de quoi payer. Sangpo répondit, paniqué, qu’il avait de quoi payer, mais à la maison. Qu’il règlerait la facture plus tard. Le Chinois refusa catégoriquement de s’occuper de sa famille tant qu’il ne verrait pas la couleur de l’argent.

– Mais je suis policier! Je travaille pour votre gouvernement! s’indigna-t-il.

– Pas d’argent, pas de soins…

Sangpo traina sa femme et son fils sur le banc à l’entrée de l’hôpital et reprit sa voiture en direction de sa maison. Le trajet n’était pas court, et bien qu’il roula le plus vite possible avec sa voiture accidentée, il mit une heure avant d’arriver à sa petite boîte de métal sous le lit où il gardait ses économies. Il la saisit et repartit vers l’hôpital où il avait laissé sa femme et son enfant, grièvement blessés.

– Quand Sangpo arrivé hôpital… Sa femme morte. Son fils aussi… dit Lama. Sangpo était policier… Il prendre fusil. Lama gesticula pour illustrer la suite horrible des événements.

Le policier tira d’abord tous les Chinois en poste dans le hall d’entrée de l’hôpital puis mis le canon du fusil dans sa bouche et appuya sur la détente…

 

À ce moment, je risque un regard vers Antoine. Je suis en état de choc. Je n’ai jamais vu venir cette histoire tragique. Lui non plus d’ailleurs, à en juger par son expression faciale! Je ravale mes larmes et totalement scandalisée, demande à Lama :

– Mais Mon Dieu! Lama! Comment faites-vous pour ne pas en vouloir aux Chinois? Comment pouvez-vous ne pas nourrir de ressentiment ou de colère?

Le visage de Lama prend un air encore plus affligé avant de répondre :

– Pas Facile! … Mais pas le choix! Amour universel, compassion. C’est philosophie bouddhiste.

Je ne trouve rien à répondre. Ma bouche s’ouvre puis se referme. Wow… Quelle leçon de vie! Il n’y a rien de plus important, de plus curateur, de plus fort que l’Amour. Mais s’entretenir dans cette énergie demande une volonté incroyable quand la vie nous présente ses combats et ses difficultés. Et j’ai la preuve en chair et en os devant moi que cela est possible.

Ne connaissant pas l’histoire derrière ce moine avant d’arriver ici, je me disais inconsciemment que s’il était aussi heureux, c’est qu’il n’avait pas été éprouvé par la vie autant que d’autres personnes. C’est confrontant de constater que je me trompe, que c’est possible de choisir le bonheur, même quand tout semble aller mal autour de nous.

Ce soir, je suis installée près du feu, avec les membres de la retraite. Les yeux rivés sur le ciel, en attente d’étoiles filantes. J’ai une liste de vœux à faire exaucer alors svp, montrez-vous, perséides! Perdue dans mes pensées, je suis extrêmement reconnaissante d’être ici. On dit que la gratitude est la prière la plus puissante. J’étais en pièces détachées avec de me présenter ici, et je me sens de plus en plus entière, centrée, puissante.

Merci.

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. jerome hof dit :

    ça donne le gout! 🙂

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  2. Quelle belle leçon de vie! Merci! Fibonacci!

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